PORT-AU-PRINCE, le 13 août 2026 — Face à l’interconnexion croissante entre le trafic de stupéfiants, la criminalité organisée et l’instabilité sécuritaire, la République d’Haïti franchit un cap décisif dans la reconquête de son espace public. Sous l’impulsion de Son Excellence Monsieur Alix Didier FILS-AIMÉ, Premier Ministre et Président de la Commission Nationale de Lutte Contre la Drogue (CONALD), les autorités ont officialisé la relance tant attendue du Système Haïtien d’Information sur les Drogues (SHID). Après treize années d’interruption, cet instrument stratégique est appelé à centraliser des données fiables et actualisées pour orienter les politiques nationales de sécurité et de santé publique.

Cette redynamisation concrétise l’engagement ferme pris lors des récents échanges de haut niveau entre le Chef du Gouvernement et l’Office des Nations Unies Contre la Drogue et le Crime (ONUDC). Ces discussions stratégiques ont jeté les bases d’une réponse coordonnée face aux défis posés par le narcotrafic, tout en consolident la coopération institutionnelle entre Haïti et les instances internationales.

Une relance inscrite dans une dynamique de coopération internationale renforcée

Le 16 juillet 2026, le Premier Ministre, en sa qualité de Président de la CONALD, a reçu en audience Madame Monica JUMA, Directrice Exécutive de l’ONUDC et Directrice Générale de l’Office des Nations Unies à Vienne. Accompagnée d’une délégation de hauts fonctionnaires, Madame Juma a participé à des échanges portant sur les axes stratégiques d’intervention de l’organisation en Haïti et sur les réponses régionales aux menaces transversales.

Les discussions ont mis en lumière la consolidation des mécanismes de coopération technique et opérationnelle, ciblant en priorité le secteur de la justice, le renforcement de la sécurité publique et la répression des activités criminelles liées au trafic de stupéfiants.

À l’issue de ces délibérations, le Chef du Gouvernement a enjoint le Bureau de Coordination de la CONALD, sous la direction de son Coordonnateur, Monsieur Karl-Henry PÉRICLÈS, de diligenter les mesures nécessaires à la réactivation du SHID. Ce dispositif constitue désormais le pilier décisionnel destiné à générer les statistiques probantes indispensables au pilotage des politiques publiques de sécurité nationale.

Un atelier technique pour poser les fondements opérationnels

C’est dans le sillage de cette directive qu’un atelier technique s’est tenu les 12 et 13 août 2024, au siège de la CONALD. Ont participé à ces assises les grands corps de l’État — notamment les représentants des secteurs diplomatique (Union Européenne, Ambassades de France, du Brésil, de Taïwan), judiciaire, de la sécurité publique et de la santé — aux côtés des partenaires de la société civile spécialisés dans la prise en charge des addictions.

Cette session a abouti à une cartographie claire des défis et à l’établissement d’une feuille de route concertée pour le déploiement opérationnel du SHID.

Lors de l’ouverture des travaux, le Magistrat Aly CASSÉUS, Directeur de Cabinet du Bureau de Coordination de la CONALD, a souligné l’impérieuse nécessité d’un diagnostic stratégique fondé sur des données probantes :

« La conjoncture actuelle exige le renforcement de la synergie interinstitutionnelle et une optimisation des flux d’informations, conditions sine qua non pour éclairer l’aide à la décision des autorités publiques sur la base de données fiables. »

Narcotrafic et criminalité transnationale : un défi multidimensionnel

L’analyse prospective partagée lors des ateliers sectoriels transcende la problématique exclusive de la consommation ou du transit de substances illicites. Ainsi que l’a rappelé Madame Valérie Jacques ROUTIER, Directrice de l’Observatoire Haïtien sur les Drogues (OHD) de la CONALD, le narcotrafic constitue le pivot d’un écosystème criminel complexe, intrinsèquement lié au trafic d’armes à feu, aux enlèvements contre rançon et au blanchiment de capitaux.

Renforcement de la chaîne pénale et gouvernance des données judiciaires

Sur les plans judiciaire et statistique, Monsieur Jean Alain BERNADEL, Conseiller Technique au Cabinet du Coordonnateur de la CONALD, a mis en exergue les lacunes actuelles caractérisant le suivi des procédures relatives aux infractions à la législation sur les stupéfiants. Il a souligné qu’une collecte systématique et continue des données s’avère indispensable pour appréhender avec précision le profil des individus interpellés, optimiser le pilotage stratégique et harmoniser l’action de l’ensemble des acteurs de la chaîne pénale.

Prévention et jeunesse : l’impératif des alternatives socio-économiques

En complément du volet répressif, la réduction de la demande s’impose comme un pilier fondamental de cette nouvelle feuille de route institutionnelle. Madame Gabrielle BASILE, Assistante Directrice de la Réduction de la Demande (DRD) de la CONALD, a plaidé pour une implication directe et active de la jeunesse dans la co-construction des campagnes de sensibilisation.

Face à la vulnérabilité du contexte socio-économique actuel, l’intervenante a formellement appelé à un renforcement substantiel du soutien aux structures familiales, à une prise en charge accrue de la santé mentale et au déploiement d’alternatives citoyennes et constructives visant à prémunir les jeunes contre l’emprise des réseaux criminels.

Assécher les flux financiers illicites : un levier stratégique

La stratégie nationale entend également neutraliser l’économie du narcotrafic en ciblant directement ses structures financières. Représentant l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF), Monsieur Laurent THÉRALIEN a exposé les mécanismes de traçabilité dédiés à la détection des flux financiers suspects.

La lutte contre le blanchiment des capitaux exige désormais une interconnexion opérationnelle et stratégique renforcée entre la CONALD, la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), la Banque de la République d’Haïti (BRH), la Direction Générale des Impôts (DGI) et l’Administration Générale des Douanes (AGD).

Cinq axes prioritaires pour une stratégie nationale intégrée

Les travaux de cette première journée ont permis de dégager cinq axes d’intervention prioritaires indispensables à la redynamisation du système :

1. Restructuration et pérennisation du réseau d’intervenants
Structurer un mécanisme de collecte de données continu, régulier et standardisé.

2. Déploiement d’une stratégie nationale intégrée
Assurer l’articulation systématique entre la prévention, l’offre de soins, la répression du trafic et la lutte contre le blanchiment de capitaux.

3. Renforcement de la sécurité nationale
Documenter avec rigueur l’impact direct du narcotrafic sur l’insécurité globale afin de mieux le circonscrire.

4. Modernisation de l’aide à la décision publique
Mettre à la disposition des autorités de l’État un tableau de bord actualisé en temps réel sur l’évolution des menaces.

5. Stabilisation du cadre institutionnel et sécurisation du processus électoral
Garantir la production d’informations stratégiques afin de prévenir tout risque de déstabilisation à l’approche des grands rendez-vous démocratiques de la Nation.

Perspectives et engagement institutionnel

À l’issue de ces deux journées de réflexion, les participants ont posé les fondements d’une feuille de route opérationnelle dédiée à la relance du Secrétariat Permanent du SHID. Ces efforts convergeront vers l’élaboration finale d’un Plan stratégique national de lutte contre la drogue, document d’orientation qui aura pour vocation de coordonner l’action gouvernementale, de maximiser les synergies interinstitutionnelles et de garantir une réponse républicaine cohérente, souveraine et efficace face au phénomène des substances illicites.

Cette dynamique traduit la volonté politique ferme du Gouvernement de fonder la doctrine nationale de lutte contre les drogues sur l’intelligence stratégique, la souveraineté des données et la rigueur scientifique.

Direction de Communication et de l’Information (DCI) de la CONALD