Sous le prétexte fallacieux des « exigences de la communauté internationale » et avec la bénédiction de leurs sponsors américains, le Conseil Électoral Provisoire et le gouvernement de Didier Fils-Aimé bradent la souveraineté nationale en précipitant un calendrier électoral intenable. Pour justifier cette précipitation, ils ont ravivé un faux débat – celui de la multitude des partis – prétendant qu’il faut réduire le nombre d’acteurs pour alléger les coûts et simplifier le vote. Or, cet argumentaire ne résiste pas à la réalité du terrain : en Haïti, les partis s’allient naturellement lorsqu’ils mesurent les obstacles logistiques et financiers, comme l’avaient compris en 2015 Me Samuel Madistin et Chavannes Jean-Baptiste, qui, après quelques sit-ins, ont replié leurs ambitions face à l’évidence des contraintes. La coercition est donc inutile et viciée ; pire, elle sert de paravent à une manœuvre visant à noyer le poisson, alors que le nombre de partis agréés a plus que doublé en cinq ans (passant de moins de 150 à 316), une inflation artificielle orchestrée par les ténors du pouvoir eux-mêmes pour mieux contrôler le jeu.

Forcer les partis à se fondre dans des regroupements imposés est une erreur stratégique doublée d’un leurre démocratique, car Haïti ne possède ni la culture ni la tradition des primaires transparentes. Sans ce mécanisme, le choix des candidats au sein de ces coalitions de circonstance ne sera qu’un champ de bataille interne, promettant divisions et éclatements – de l’ASEC à la présidence. Ce jeu profite avant tout au pouvoir en place, qui a créé en moins de cinq ans des dizaines de partis fictifs et qui prépare déjà deux ou trois mégagroupements (PHTK et alliés, comprenant une soixantaine de partis) pour verrouiller le scrutin, tandis que les autres forces – alliés de Privert, Proposition Citoyenne, KOREPAD, RDNP & alliés, Etzer Émile, Jean Renel Sénatus et Arnel Bélizaire – sont cantonnées à un rôle d’appoint, réduites à « jouer les enchères » dans un système à deux tours où les alliances de second tour sont savamment brouillées par l’exécutif pour garantir l’échec du processus.

Pitit Dessalines ou PALMIS devraient être absents de ce processus, car ils représentent l’aile dure de l’opposition radicale au sein du CONSENSUS DÉMOCRATIQUE et de ses alliés, et ce, depuis l’ascension de Didier Fils-Aimé à la magistrature suprême de l’État, intervenue le 7 février 2026. Toutefois, connaissant la stratégie parfois changeante — ou simplement pragmatique — de Moïse Jean-Charles, l’un des membres du directoire de son parti va probablement inscrire sa formation, peut-être en dehors de tout regroupement.
Quant à Simon Dieuseul Desras, il est resté cohérent dans ses multiples prises de position jusqu’à présent ; on peut supposer qu’il restera à l’écart. Le temps lui donnera raison — ou pas !
Pour ce qui est du vieux parti Fanmi Lavalas, devenu presque méconnaissable, très accroché au pouvoir depuis quelque temps et affichant un discours tantôt passif, tantôt différent, voire empreint d’un populisme particulier, il va sûrement invoquer les règlements internes de son organisation pour éviter toute alliance, une situation qui ne manquera pas de l’affaiblir davantage.

L’autre aspect tragique de cette farce est l’exigence absurde de 30 000 membres par parti ou groupement, censée « épurer » l’offre politique, mais qui ouvre la porte à une fraude massive et préméditée. L’État, qui n’a ni protocole légal ni volonté de vérification, va puiser dans des listes archaïques, y glisser des noms de personnes décédées ou des doublons, transformant la République en un cimetière administratif où les morts votent pour les vivants. Cette manipulation systématique des données, couplée à des signatures falsifiées et à des organisations fantômes, réduit le contrat social à une pitrerie macabre. Nous avons collectivement choisi l’instabilité, le mensonge et des élections malhonnêtes, comme en témoignent les louanges adressées aux théories de Machiavel par certains compatriotes. Qu’ils se rappellent toutefois que le célèbre Florentin, pourtant maître en cynisme, n’a jamais retrouvé le pouvoir et a terminé ses jours dans l’humiliation et le rejet. Ce miroir de l’histoire haïtienne actuelle est implacable : en violant les principes universels et inviolables de transparence, le pouvoir signe son propre arrêt de mort politique et plonge le pays un peu plus dans l’apogée de la violence.

 

 

 

Moise GARÇON
Membre Exécutif de Transparans
Cofondateur du Plan d’Action Citoyenne (PAC)
Coordonnateur de Proposition Citoyenne