Ces derniers temps, une réalité profondément troublante interpelle notre conscience collective : le traitement infligé à certaines femmes qui accouchent en République dominicaine, en particulier celles considérées comme « illégales ». Des témoignages concordants font état de situations inacceptables : des matelas retirés sous elles juste après l’accouchement, des conditions dégradantes pour elles et leurs nouveau-nés, et plus grave encore, certaines mères seraient menottées à leur lit, dans l’immédiat post-partum, au moment même où leur vulnérabilité est à son comble.

En tant que religieuse, en tant que femme, et en tant qu’ambassadrice engagée auprès des enfants à travers CERHAM, je ne peux rester silencieuse face à une telle injustice. Le silence, dans ces circonstances, serait une complicité.

Une question de dignité humaine

Toute femme qui donne la vie, quelle que soit sa nationalité ou sa situation administrative, mérite respect, soins et protection. L’accouchement n’est pas un acte administratif : c’est un moment sacré, un acte profondément humain, chargé de douleur, d’espérance et de vie. Traiter une mère avec négligence, humiliation ou contrainte physique revient à nier ses droits fondamentaux, inscrits pourtant dans les chartes internationales que la République dominicaine a ratifiées.

Menotter une femme qui vient de donner la vie est un acte profondément choquant, non seulement sur le plan médical et psychologique, mais aussi sur le plan moral. Cela porte atteinte à son intégrité physique, à sa santé mentale, et à sa dignité humaine. Une femme qui saigne, qui allaite, qui tient son nouveau-né contre elle ne peut être traitée comme une détenue sans que notre humanité commune ne soit elle-même blessée.

Les enfants, premières victimes invisibles

Il ne faut pas oublier les nouveau-nés. Un bébé a besoin de chaleur, d’hygiène, de sécurité et de la présence rassurante de sa mère dès ses premiers instants. Lorsque la mère est maltraitée, menottée ou privée de conditions minimales de repos et de récupération, c’est aussi l’enfant qui en subit les conséquences immédiates et durables : stress toxique, difficultés d’allaitement, retard dans le lien d’attachement.

Au CERHAM, nous constatons chaque jour combien il est crucial d’offrir aux enfants un bon départ dans la vie : une alimentation adéquate, un accès à l’éducation, et surtout de l’amour. Comment parler de développement durable, d’avenir ou de justice sociale si, dès la naissance, ces enfants sont exposés à la négligence et à l’humiliation ? Un enfant maltraité à la naissance, c’est une société qui se mutile elle-même.

Un appel à l’humanité

Il ne s’agit pas ici de débattre des lois migratoires – leur révision appartient aux législateurs. Il s’agit de rappeler un principe fondamental, antérieur à toute loi : l’humanité doit toujours primer. Même dans l’application des lois, même dans un contexte de contrôle migratoire, la compassion et le respect des droits humains doivent rester essentiels. Aucune politique migratoire ne justifie la torture, l’humiliation ou la cruauté envers une mère et son enfant.

Nous appelons solennellement :

· Les autorités dominicaines à garantir des conditions dignes, humaines et médicalement sûres pour toutes les femmes en travail ou en post-partum, sans discrimination fondée sur le statut migratoire.
· Le personnel de santé et les institutions hospitalières à agir avec éthique, humanité et respect, en rappelant que leur serment premier est de soigner, non de punir.
· La société civile, les organisations de défense des droits humains et la communauté internationale à se mobiliser contre toute forme d’abus et de discrimination, à documenter ces violences et à exiger des comptes.
· Les médias à ne pas détourner le regard, car ce qui n’est pas nommé peut continuer à exister dans l’ombre.

Une société se mesure à ses plus vulnérables

Une société se mesure à la manière dont elle traite les plus vulnérables. Aujourd’hui, ces femmes haïtiennes ou d’autres nationalités, ces mères en situation irrégulière, et leurs nouveau-nés font partie de ceux qui ont le plus besoin de protection. Ils sont nos sœurs, nos frères, nos enfants.

Choisissons la compassion plutôt que le rejet. Choisissons la dignité plutôt que l’humiliation. Choisissons la justice plutôt que l’indifférence.

Car chaque vie compte. Chaque naissance est une promesse. Chaque mère mérite de ne pas être menottée, mais soutenue.

 

Madre Bethie, FSMP
Religieuse de l’Institut Samaritana
Présidente de CERHAM