Haïti se trouve à un tournant historique aussi critique que porteur d’espoir. Les jours de dialogue structuré, entamés en février 2026, marquent une tentative salutaire de privilégier le consensus à la confrontation. La proposition d’un triumvirat — associant le Conseil Présidentiel de Transition, la Cour de Cassation et la société civile — révèle une quête de légitimité et d’équilibre institutionnel.

 

Mais cette architecture, aussi noble soit-elle, risque de perpétuer une cécité historique : l’exclusion systémique de la majorité du pays. La crise haïtienne est bien plus qu’institutionnelle ou sécuritaire — elle est avant tout générationnelle.

Avec près de 8 millions de citoyens de moins de 35 ans, soit deux tiers de la population, Haïti est un pays jeune gouverné par des structures vieillissantes. Les transitions se succèdent, et la jeunesse reste trop souvent confinée au rôle de spectatrice, ou pire, de variable d’ajustement.

Si cette transition aspire à une rupture véritable, elle doit oser l’audace institutionnelle. Elle doit inscrire au sein de l’exécutif une voix permanente, puissante et décisionnelle : celle d’un Président de la Jeunesse.

Pourquoi un Président de la Jeunesse n’est pas un symbole, mais une nécessité stratégique

Un exécutif bicéphale (Président de la République / Premier ministre) respecte la lettre constitutionnelle, mais ignore la réalité démographique. Un Président de la Jeunesse ne serait pas un poste honorifique ; ce serait un pilier décisionnel avec des attributions claires :

· Représenter institutionnellement les citoyens âgés de 15 à 35 ans.
· Superviser et impulser les politiques publiques en matière d’éducation, de formation, d’emploi, d’entrepreneuriat et d’engagement civique.
· Participer de plein droit aux délibérations du Conseil des Ministres sur des enjeux transversaux comme la sécurité, la planification économique et l’organisation électorale.
· Garantir la mise en place de conseils de jeunesse aux niveaux communal, départemental et national, assurant un lien permanent entre l’État et sa base.

Ignorer cette majorité n’est pas seulement une injustice démocratique ; c’est une erreur stratégique qui mine toute perspective de stabilité durable.

De la stabilité transitoire à la légitimité durable

La formule du triumvirat est un premier pas vers l’apaisement. Cependant, la paix sociale ne viendra pas d’un équilibre entre élites, mais de la légitimité conférée par l’inclusion.

Nous proposons ainsi un exécutif tripartite et complémentaire :

1. Le Président de la République : Garant de la souveraineté, de l’unité nationale et de l’ordre constitutionnel.
2. Le Premier Ministre : Chef du gouvernement, responsable de la gestion administrative, économique et sécuritaire au quotidien.
3. Le Président de la Jeunesse : Porte-voix institutionnel de la majorité démographique, vigie des politiques d’avenir et garant du renouvellement de la classe politique.

Cette structure ne fragmente pas l’autorité ; elle la consolide en l’ancrant dans la réalité sociale du pays.

Manifeste de la Jeunesse Haïtienne : Pour un Nouveau Pacte National

Nous, jeunesse d’Haïti, au pays et en diaspora, saisissons ce moment décisif pour affirmer nos exigences et nos engagements :

NOS EXIGENCES

1. Une transition véritablement populaire : La gouvernance doit émaner de la volonté du peuple haïtien, sans imposition étrangère, capture par les élites ou marchandages opaques.
2. Une représentation obligatoire de la jeunesse : Aucune décision structurante pour l’avenir ne peut être prise sans notre participation formelle et substantielle à tous les niveaux de l’État.
3. Le retour à un ordre constitutionnel légitime : Fondé sur la transparence, la reddition de comptes et l’éducation civique, honorant l’esprit de 1805.
4. La sécurité et la restauration des services essentiels : Établissement urgent d’un cadre garantissant la justice, la sécurité publique, l’accès à l’éducation, à la santé et une relance économique inclusive.
5. L’éradication systémique de la corruption : Audit public intégral des institutions, application stricte des lois et protection des biens publics comme priorité nationale absolue.

NOTRE ENGAGEMENT

Nous nous engageons à :

· Nous organiser de manière disciplinée et constructive.
· Bâtir des réseaux civiques pérennes.
· Rejeter toute forme de violence, de division sectaire et de manipulation étrangère.
· Œuvrer sans relâche pour une Haïti souveraine, gouvernée par et pour son peuple.

APPEL À LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

Nous en appelons aux partenaires mondiaux pour qu’ils :

· Respectent sans équivoque la souveraineté haïtienne.
· Soutiennent exclusivement des processus légitimes, transparents et dirigés par les Haïtiens.
· Alignent leur aide sur le renforcement des institutions démocratiques et l’autonomie de la jeunesse.
· Rejettent tout accord ou financement qui contournerait la volonté populaire.

Notre credo est immuable : “Rien pour Haïti sans les Haïtiens. Une nation gouvernée par son peuple.”

 

Dr Kridikel Truthbey Désir
Analyste politique
Global Youth Council – Jen Ayisyen