L’implication des États-Unis dans la vie politique haïtienne n’est pas nouvelle. Des occupations aux transitions imposées en passant par les accords négociés sous l’égide de puissances étrangères, l’histoire moderne d’Haïti est jalonnée d’interventions qui prétendent prévenir le chaos mais qui, en réalité, ne font que l’aggraver. Les États-Unis ont maintes fois réaffirmé leur engagement en faveur de solutions haïtiennes. Cette position est souvent justifiée par la nécessité de « stabilité ». Or une stabilité imposée de l’extérieur et dépourvue de légitimité s’est avérée illusoire en Haïti. Dans les faits, cependant, les États-Unis ont activement soutenu le maintien au pouvoir des Premier Ministres, découragé toute alternative politique et marginalisé les acteurs haïtiens qui remettent en question le statu quo. Supposément par un simple appel téléphonique, Washington aurait clairement indiqué qu’un changement de direction n’était acceptable que s’il correspondait à ses propres calculs stratégiques.

Haïti n’a actuellement ni président élu, ni parlement opérationnel, ni cadre constitutionnel capable de conférer une légitimité démocratique au pouvoir exécutif. Le Premier ministre reste en fonction sans validation électorale, sans la confiance du Parlement et sans le consentement populaire. Selon les normes démocratiques habituelles, une telle situation serait intenable. À ce stade, il serait recommandé au CPT de se référer à la constitution et de confier la présidence au juge le plus haut placé de la Cour suprême pour la prochaine période de transition, afin de doter Haïti d’un gouvernement légitime qui mènerait à bien les tâches qu’ils n’ont pas été à la hauteur ni en mesure d’accomplir.

Le soutien apporté au maintien au pouvoir du Premier Ministre, malgré un rejet manifeste et la décision du CPT de le destituer, s’inscrit parfaitement dans ce schéma. Cette impasse politique, soutenue par des puissances étrangères, soulève une question fondamentale : qui gouverne réellement Haïti ? Le peuple haïtien ou les puissances internationales ? Malgré l’ampleur de l’insécurité, la classe politique haïtienne reste figée, non par un mandat populaire ou une légitimité constitutionnelle, mais par un soutien extérieur et par la prolifération des gangs armés. Au cœur de cette paralysie se trouve le soutien continu des États-Unis à un Premier Ministre et à un CPT incompétent, alourdi, corrompu, largement rejetés par la population haïtienne.

Pour conclure, en protégeant le Premier Ministre contre toute destitution, les États-Unis contribuent à quatre facteurs différents. Premièrement, la désillusion de la population, car les Haïtiens ne voient aucun lien entre la gouvernance et la volonté populaire. Deuxièmement, la paralysie politique, car les forces d’opposition sont délégitimées ou exclues. Troisièmement, la déliquescence institutionnelle, car le pouvoir exécutif fonctionne sans contrôle ni légitimité. Quatrièmement, enfin, l’escalade de la violence, les gangs profitant du vide laissé par l’absence d’une autorité étatique crédible.

Dr. Edvard St Juste