« Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné. » La sentence de Jean Ziegler, ancien rapporteur de l’ONU, frappe comme un constat d’échec collectif. Dans un monde marqué par les fractures, deux piliers fondamentaux continuent de céder : la nutrition et l’éducation des enfants. Pourtant, c’est sur eux que se joue la résilience des nations. Reportage au cœur d’une évidence trop souvent négligée.

Le cercle vicieux : un ventre vide, un esprit en berne

La science est formelle : le développement cérébral d’un enfant est irrémédiablement altéré par la malnutrition. C’est une réalité biologique qui précède toute politique éducative. « Sans une alimentation adéquate, les enfants ne peuvent pas se développer correctement, ni physiquement ni mentalement », rappellent les spécialistes. Les conséquences sont une capacité d’apprentissage diminuée, une vulnérabilité accrue aux maladies et un potentiel intellectuel entravé. À l’inverse, un enfant bien nourri possède les bases neuronales et physiques pour apprendre, grandir et, plus tard, innover. La nutrition n’est donc pas qu’une question humanitaire ; c’est le premier chapitre de tout manuel de développement économique et social.

Témoignage de terrain : « Je me soucie profondément de la sécurité alimentaire et de l’éducation, car je sais ce que cela signifie de vivre sans elles, » confie Madre Bethie, Religieuse de l’Institut Samaritana (FSMP) et Présidente de l’ONG CERHAM :  « Cet engagement s’étend à chaque enfant, en Haïti et dans le monde entier. Chaque acte de soutien est une graine plantée pour un avenir meilleur. »

L’éducation : l’arme anti-fatalité

Si la nutrition construit le cerveau, l’éducation l’arme. Elle est largement reconnue comme le levier le plus puissant pour briser le cycle intergénérationnel de la pauvreté. Elle ne se résume pas à l’alphabétisation, mais forge l’esprit critique, la confiance et les compétences nécessaires pour transformer son propre environnement. Les sociétés qui en font une prioré absolue bâtissent, à terme, plus de paix, de stabilité et de citoyenneté active.

Cette vision était déjà celle du Père Aloysius Schwartz, pour qui « il ne suffit pas de fournir aux pauvres de la nourriture et des vêtements ; ils doivent également avoir accès à l’éducation pour construire leur vie dans la dignité. » Une dignité qui passe par l’autonomie et la capacité à être acteur de son destin.

Le binôme indissociable : une synergie pour l’impact maximum

L’erreur serait de penser ces deux piliers séparément. Ils fonctionnent en synergie. Un enfant affamé est incapable de se concentrer sur un manuel scolaire. Un enfant éduqué mais en mauvaise santé verra ses ambitions limitées par sa condition physique. Les programmes les plus efficaces sont donc ceux qui adoptent une approche intégrée : des cantines scolaires qui améliorent à la fois la nutrition et le taux de scolarisation, ou des formations parentales qui lient pratiques alimentaires et importance de l’apprentissage. C’est en s’attaquant simultanément à ces deux racines que l’on peut espérer un impact durable et transformer le paysage social sur le long terme.

Un appel à la coalition mondiale : l’enfant, centre de gravité des politiques

Face à l’ampleur du défi, l’action isolée d’une ONG ou d’un gouvernement est insuffisante. Un changement de paradigme est nécessaire. La Communauté pour l’éducation, la réadaptation et le progrès holistique de l’humanité (CERHAM) lance un appel clair : il faut une coalition rassemblant « ambassadeurs, volontaires, familles, communautés, États, secteurs privés et organisations internationales ». L’objectif est de placer systématiquement l’intérêt supérieur de l’enfant au cœur de toute décision de développement, des budgets nationaux aux projets locaux.

« Bien que d’autres causes comme la santé ou l’accès à l’eau soient cruciales, nombreux sont les experts qui s’accordent sur un point : prioriser la nutrition et l’éducation des enfants ferait mécaniquement reculer une multitude d’autres problèmes sociaux, » explique un porte-parole du CERHAM. C’est sur ce postulat que l’organisation structure son action, convaincue que c’est la clé pour « bâtir une société plus juste, plus solide et mieux préparée aux défis de demain. »

La conclusion est sans appel : l’avenir ne se prévoit pas, il se construit. Et sa fondation la plus sûre reste un enfant nourri et instruit.